voiture

SOFT EYES HARD LIGHTS

J’ai changé l’économiseur d’écran de mon MacBook avant de sortir,

je ne sors jamais dehors pour dîner sauf que ce soir je suis dehors.

Assis seul avec un verre de vin au bar du Lutèce.

Les sirènes hurlent à l’extérieur, le tintement des couverts, le gazouillis incessant des gossips— ma tête bourdonne, littéralement.

Il y a cette fameuse chanson qui passe que vous connaissez peut-être.

Merci Randy ! Tu apportes des vibes américaines dans une soirée bien trop française.

Ce soir je suis dehors et bourré.

Les néons sont grands et maléfiques, les ombres portées des lampadaires, noires et plates,

les immeubles, le trottoir, la peau des piliers de bar, tout est délavé et granuleux.

Je lève les yeux vers les lumières impassibles des façades haussmanniennes, la ville n’est pas hypothétique, elle est là.

FUCK les scientifiques agoraphobes

mon écriture a besoin de notes de ce que je vois. Je suis un anthropologue urbain.

Je n’ai pas mis les pieds dans un fast-food depuis des années mais je suis bourré.

L’atmosphère à l’intérieur est synthétique,

comme enveloppée dans un linceul en plastique jaune.

Ça me rappellera toujours elle

et les frites qu’elle trempait dans son Coca Light,

j’ai vu la vraie elle à McDonald’s et c’était d’une beauté aveuglante.

Vous êtes-vous déjà assis dans une salle bondée à l’heure de la pause déjeuner Les corps sont entassés comme des gratte-ciels,

le même repas hâtif, insipide, sous des yeux qui ne se lèvent jamais,

la course effrénée d’une synecdoque moderne eh bien,

les gens sont, en eux-mêmes, une ville.

Je partage mon nom avec une actrice allemande des années 30,

la grosse tête névrosée de Paris, la star de cinéma fanée de Munich, Germany.

La nuit la ville ne ressemble plus qu’à un bouillon hideusement éclairé rempli de cafards grouillants

Et tout ce que j’ai reçu de ces Terres de Poètes de Penseurs et de Lumières c’est les ciels bas et gris

et un peu de Percocet d’un ami.

Un autre endroit,

une autre pièce agitée qui vous embrume l’esprit,

les grains de café planent au-dessus de l’Espresso Martini, me frappant comme un diurétique.

Le miroir des toilettes est faussement rond et mon maquillage est faux aussi. Il est permanent, il est génétique,

un doux brun-jaune sur mes yeux cernés, mes cils sont aussi longs que la Tour Eiffel.

Il y a de la pisse sur la lunette, de la pisse sur le sol, de la pisse sur le sèche-mains que j’utilise rarement.

De retour chez moi l’économiseur d’écran s’est lancé, j’en ai choisi un du genre dynamique,

travelling avant sur la skyline de New York.

Le lit est défait,

je ne fais jamais mon lit. Je ne suis pas bordélique je suis occupé ! parce que oui,

je suis,

en moi-même, une ville.

Mes doigts tapent comme des fous sur le clavier maintenant shift, barre espace, entrée, entrée

le rythme précipité des touches carrées, le tempo fou

d’une nuit de Jazz Poetry, je suis frénétique.

J’aurais aimé pouvoir parler

de ces zones suburbaines, repaire des Working Class Heroes et de leur chute horizontale,

de ma mère la wannabe moderne,

sortant de la salle de bain dans sa robe de satin violette, le nez couvert de marques d’ongles verticales,

mais vous savez,

les gens deviennent vite émotionnels.

Alors je vais imprimer ça sur du papier pelure, et m’éteindre.


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