JANVIERSAMÈRE

Caroline Giraud vit entre Bruxelles et la Corrèze. Elle propose un univers poétique sensuel où le rapport à la nature tient une place essentielle et cultive un éclectisme de ton et de forme dans l’écriture. Son inédit Janviersamère s’inscrit dans la lignée de Jacques Roubaud et de la poésie du rebond.

(FEU DE JOIE)

On est le 8 janvier statistiquement
c’est le jour de l’année où
on se quitte quand
les flocons fondent avant
la bataille on
enterre les rêves alors
j’allume le poêle avec
le contrat de mariage les
manuscrits fantômes nos
historiques Google maps de
Sisyphe à Sisyphe on
dirait les saisons on
dirait que janvier nous
rend cons


(IL FAIT BEAU AUJOURD’HUI)

On est le 9 Janvier j’
ai tenu quatre jours sans
poster un poème ça
tient de l’addiction de se
lever la nuit et checker ses
storys j’ai un peu trop
pleuré qu’est-ce qu’on
fait pour l’espoir on
le chante quand même
y’a des jours j’ai du mal je
regarde le chat je
regarde l’enfant que j’étais dans la
neige qui vole j’
oublie un instant que
l’acanthe et des
cœurs ont
gelé cette nuit il
fait beau aujourd’hui


(ARMOIRE)

On est le 13 janvier la
nuit s’estompe le rêve lui se
tait depuis au moins deux vies soit je
le vis déjà mais je suis trop presbyte soit
il a trop muté je dois tendre l’
oreille pour l’entendre couiner sous
l’armoire massive à côté de mon lit à
sa place j’envisage un miroir pour
inviter le ciel tant pis pour les habits je
vivrai nue tant pis


(TOTO DE SCHRÖDINGER)

On est le 15 janvier c’est pratique un
miroir à côté de son lit on peut le
rapprocher pour voir si la buée si
le rêve palpite si on
respire encore si
la main le rapproche mais il ne
respire pas c’est qu’on doit être un
chat de très grande Spérience mais la
buée revient on dessine des
cordes des yeux de Toto des
soleils et des cœurs


(VENT CYAN)

On est le 20 janvier la mort
a parfois le visage d’un enfant qui
ne veut plus jouer de
jambes requiem qui
tremblent vent cyan j’ai
choisi de pleurer mais je
reste debout la
voix en passerelle la
main en coquillage les
yeux parcheminés on va
chanter quand même


(EN PISTE)

On est janviersamère c’est
un jour idéal pour dévaler la pente se
casser trois pattes ou bouffer le
corbeau qui se moque de moi de
mes doutes mes joies mes tout petits
anneaux que j’accroche aux bourrasques d’un
mois reginglard


(BORDELLE)

On est janviersamère et je
suis toujours là à écrire des poèmes les
mains en coquillage l’œil
parcheminé à chanter qu’elle est
belle ma bordelle d’être en vie je

vais

en

profiter

Moelle immense de Caroline Giraud sur Zone Critique :



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