Wonderstruck, curiosité aux accents de méli-mélo

wonderstruck coverÀ Cannes, être programmé en début de festival n’est, selon la légende, pas propice à une place au palmarès. Après qu’Arnaud Desplechin ait lancé les festivités Hors-Compétition avec Les Fantômes d’Ismaël, c’est à son confrère américain Todd Haynes qu’est revenue la tâche d’ouvrir le bal des prétendants à la Palme. Le metteur en scène du flamboyant Carol – Prix d’interprétation féminine pour Rooney Mara – nous propose un film à hauteur d’enfant, dont le titre fait référence à un mystérieux cabinet de curiosité. Si Wonderstruck ne manque pas d’originalité sur le plan formel, ses péripéties mélodramatiques risquent de perdre le spectateur en cours de route.

Avec cette septième réalisation, Haynes est dans son élément. Rôdé au mélodrame, il fait figure d’expert de ce genre que Pedro Almodóvar connaît bien. Pas certain toutefois que le président du Jury se laissera emporter dans l’épopée du jeune duo. Un garçon et une fille, qui ont deux générations d’écart (Ben vit en 1977, Rose en 1927) mais qui ont aussi de nombreux points communs, comme on le découvre au fil du récit. Partis dans un voyage initiatique à New York, ils ont soif d’émancipation mais sont tous deux atteints de surdité. Un sérieux handicap dans leur quête de vérité, bien que le message de Todd Haynes semble rejoindre le fameux conte de Saint-Exupéry car, après avoir vu Wonderstruck, on serait tenté de dire que « l’essentiel est inaudible pour les oreilles et qu’on n’entend bien qu’avec le cœur ».

Passé double…

Aux côtés des stars en herbe du film, Julianne Moore retrouve le réalisateur de Loin du paradis. Comme de coutume, l’actrice est bluffante dans ce rôle de composition qui rend hommage au personnage fort et fragile né de la plume de Brian Selznick, auteur du roman initial et du scénario adapté. Pari audacieux que d’osciller entre deux temporalités différentes ; les années 1920 avec un noir et blanc qui rappelle la prédilection d’Haynes à soigner sa photo et les seventies sur les tubes de Bowie.

wonderstruck

…passé trouble

La mise en place de ces deux théâtres spatio-temporels, amenés à se rejoindre, tarde à venir. L’utilisation du montage alterné paraît un brin redondante et la première portion du film aurait gagné à être plus resserrée. La patience du public se trouve toutefois récompensée lorsque se dévoilent les écueils qui déchirent Ben et Rose, à leurs époques respectives. Moments de grâce intensifiés par un jeu de focale et séquences épurées, sans dialogue ou presque, se succèdent. Derrière la caméra, le chef-d’orchestre a malheureusement eu la main lourde sur les violons, dans un final qui entraînera une part du public dans sa mélancolie et laissera les autres avec un sentiment de trop-plein de mélo.

Wonderstruck, de Todd Haynes, avec Julianne Moore, Michelle Williams, Cory Michael Smith. En Compétition, sortie prévue le 15 novembre.


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