La sélection Zone Critique du mois

Tanguy Viel

Retrouvez tous les deux mois, la sélection par notre équipe du meilleur des dernières sorties littéraires.

– Le coup de cœur de la rédaction –

La disparition de Jim Sullivan, Tanguy Viel, Editions de Minuit, 160 pages, 14 euros

Février 2013

Et si un romancier français, qui plus est frais émoulu de la très respectable maison des Editions de Minuit, dispensatrice en son temps du culte du nouveau roman, j’ai nommé l’auteur de Paris Brest (2009, Minuit), si donc ce très franco-français écrivain s’essayait à la rédaction d’un roman américain, que cela donnerait-il? Voilà ce à quoi s’amuse Tanguy Viel dans sa dernière publication, La disparition de Jim Sullivan : l’auteur se met en scène en train d’écrire quelque chose qui ressemblerait à un grand roman américain. Alors, bien sûr, son héros s’appellerait Dwayne Koster (car comment un héros de roman américain pourrait-il s’appeler sinon Dwayne Koster ?), serait un quinquagénaire désabusé, professeur dans la petite Université d’Ann Arbor, alcoolique notoire (d’ailleurs sa bouteille de jack trônerait fièrement à l’arrière de sa Dodge Coronet 1969) et que sa femme viendrait de quitter, pour tomber dans les bras d’Alex Dennis, son séduisant collègue spécialiste de Kerouac et de Burroughs. Et bien sûr, ce héros-là, en pleine dégringolade (« Abaissement », dirait Philip Roth), et comme dans tous les romans américains, se retrouverait pris dans les méandres d’une sombre affaire qui lui permettrait d’éliminer l’amant de son ex-femme, et tournerait autour d’une certaine guerre en Irak, et d’un énorme et occulte trafic d’art. Mais, encore une fois, tout cela reste sombre, occulte, et bien sûr saupoudré de considérations sur le Hockey, comme dans tout roman américain qui se respecte.  Immensément jouissif, le nouveau Tanguy Viel, réussit le pari d’à la fois s’amuser des poncifs de la grande tradition du roman américain (ou bien est-ce de la vision que nous en avons ?) et de rendre son récit immodérément palpitant. Le coup de cœur de la rédaction.

– La biographie – 

Alias Ali, Frédéric Roux, Fayard, 640 pages, 22 euros

Janvier 2013

Il est sans doute le champion le plus légendaire qu’ait connu l’histoire du sport. Pour son étonnant palmarès de boxeur certes, mais peut-être plus encore pour avoir réussi, plus que personne d’autres, à exploiter son image médiatique au point d’opérer une véritable rupture par sa démarche dans le monde de la boxe, du sport et de la presse. Autant dire que retranscrire la légende de Mohammed Ali n’est guère un pari aisé. C’est pourtant ce que vient de réussir Frédéric Roux dans son Alias Ali, qui retrace la vie du « champ’ » à travers une mosaïque de témoignages, tous intelligents et à propos, et très souvent hilarants. Mais à travers les propos de Malcom X, de Joe Frazier, d’Angelo Dundee ou d’Elijah Muhammad, c’est également en creux un portrait de l’Amérique tumultueuse et remuante des années 60 et 70 que dresse superbement  l’auteur. Prix du livre France Culture – Télérama 2013.

Le précis incendiaire de littérature contemporaine

Avons-nous lu ?, Patrick Besson, Fayard, 984 pages, 26 euros

Février 2013

« J’ai essayé de ne pas être trop gentil quand j’étais gentil, et de ne pas être trop méchant quand j’étais méchant. Mais j’ai échoué…L’art est le monde de l’injustice : un artiste sur mille a du talent. Bien divin qui dira qui. » Voici rassemblé en une anthologie qui vient de paraître, les délicieuses chroniques littéraires du romancier et journaliste Patrick Besson parues entre 2001 et 2009, d’abord dans Le figaro littéraire, puis chez Marianne et enfin dans Nice Matin. Ils semblent qu’il y ait en chacune d’elle juste assez de distance, de causticité, d’indifférence feinte, de sens de la formule, et peut-être parfois de tendresse, pour atteindre au sommet de l’art de la critique, qu’elle soit dithyrambique ou assassine. Morceaux choisis : « ‘Nous aimions les chansons de Thomas Fersen et les films d’Eric Rohmer’. Là, on sait qu’on est dans un livre de Delerm. ». « C’est un régal, comme le sera l’album de ‘La Pléiade’ de Drieu, prévu en 2011. Une excellente raison de vivre encore trois ans au cas où on n’en aurait plus envie ». « Pierre Bergounioux, journal d’un mou ».

Le recueil

L’Afrique qui vient, Editions Hoëbeke, 328 pages, 20 euros

Février 2013

Une très belle anthologie réunissant 26 écrivains, des plus grands noms de la littérature africaine à la nouvelle vague , vient de paraître à l’occasion de la dernière édition du Festival Étonnants voyageurs qui s’est déroulé à Brazaville du 13 au 17 février dernier. Un recueil qui nous donne à lire une autre littérature africaine, une littérature qui, à en croire le préfacier Alain Mabanckou, est en passe de se réinventer, et n’est plus celle “du village, du discours anticolonialiste, du mythe d’une Afrique à retrouver, mais celle de l’Afrique et de la ville, monstrueuse, tentaculaire, où s’expérimente d’une autre manière métissage et multiculturalisme. ». Mais s’il est un autre dénominateur commun entre les différents écrivains de ce recueil, c’est bien la formidable foi en l’avenir qui habite leurs écrits, d’Henri Lopes à Wilfried N’Sondé, de Sansal Boualem à Abdourahman A. Waberi en passant par Léonora Miano.

– Le Livre audio – 

Le soleil des Scorta, Laurent Gaudé, Editions Thélème, 5 heures 50, 19 euros

Mars 2013

1875, Les Pouilles. Le soleil à son Zénith inonde le petit village de Montepuccio, abrutit ses habitants, qui désertent les rues poussiéreuses, se réfugient en leurs pauvres habitacles. C’est alors que le bandit de grands chemin, Lucio Mascalzone, fait subitement son apparition, après quinze ans de prison, décidé coûte que coûte à posséder la jeune Filomena Biscotti. Une jeune femme qu’il prend pour tel s’abandonne à lui sans résistance, juste avant que les habitants du village ne se décident à le lapider. Neuf mois plus tard, le petit Rocco naît. C’est le début de l’épopée terrible de la famille des Scorta, dont nous allons suivre la destinée maudite, sur plusieurs générations, à travers une Italie en pleine mutation, et jusqu’à nos jours. Par sa veine marquezienne clairement assumée (tant dans son sujet que dans son écriture), Laurent Gaudé nous embarque dans un récit haletant, écrasé par la chaleur et la violence des Pouilles, par l’orgueil sublime et déraisonné d’une famille condamnée. Prix Goncourt 2004.

L’équipe de Zone Critique


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