Rimbaud, liberté et mouvement

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Dans le cadre de notre partenariat avec Zone Critique, Opium philosophie est fière de présenter l’article « Rimbaud, liberté et mouvement », qui étudie la synthèse rare et anachronique entre la pratique poétique et l’ethos ; qui remet en cause la frontière entre l’enfant et l’adulte par la notion du devenir ; qui interroge l’éventualité d’un salut par la volonté de puissance et dans une liberté sans lieu, c’est-à-dire dans un réel troué par le virtuel : chaque mot est peut-être une fuite.

« Que voulez-vous, je m’entête affreusement à adorer la liberté libre ». Cette adoration, on la retrouve au cœur de la poésie d’Arthur Rimbaud, l’« homme aux semelles de vent » comme se plaisait à l’appeler Paul Verlaine. Il est vrai que sa vie entière est une fuite en avant qui n’aurait su souffrir aucun retour en arrière. Il ne s’attarde pas sur les lieux de ses échecs ; il va de l’avant, sans cesse, porté par son élan poétique. Oui, cette articulation entre poésie et existence est révélatrice du mythe rimbaldien. On ne trouve que peu d’exemples avant lui d’une telle cohérence entre la vie et la création poétique. Cela n’est pas étonnant, son modèle avoué, outre Baudelaire, c’est la poésie grecque. Ses rythmes, sa musique, ses scansions accompagnent la vie : « En Grèce, vers et lyre rythment l’action », écrit-il dans sa Lettre du Voyant. La poésie de Rimbaud prolonge cette tradition, mais ne s’y confine pas. Pour lui, la poésie doit être à la proue de la vie, comme un horizon qu’elle déploie au devant d’elle et à partir duquel le poète s’oriente dans son existence. « La poésie ne rythmera plus la vie, elle sera en avant ». Dès lors, elle serait comme un éclaireur de la vie, comme un guide éclairé et éclairant l’existence. Par l’écriture poétique, une vie part à la rencontre de son avenir et, parfois, parvient à le trouver. C’est le propre de la poésie de Rimbaud que d’être une « poésie du devenir » (Jean-Pierre Richard), une poésie du mouvement : à travers les mots, le temps se métamorphose. Et c’est peut-être au niveau de ce croisement entre mouvement et existence que se trouve le lieu secret où se cache la liberté. Rimbaud a donné à cet élan vital et poétique une vertu libératrice car lire son œuvre, c’est chercher avec lui, à travers les mots qu’il nous a laissés comme dans une sorte de jeu de piste existentiel, à rejoindre l’endroit où le mouvement croise l’existence et jaillit en elle de toute sa force roborative et la précipite vers l’avenir en lui donnant un sens. Le lieu secret où la liberté se cache, Rimbaud a d’abord cru le trouver dans les mots, à la faveur d’une expression juste : « … et nous errions, nourris du vin des cavernes et du biscuit de la route, moi pressé de trouver le lieu et la formule » (“Vagabonds”). On le sait, admettant son échec, il abandonnera l’écriture pour se jeter corps et âme dans l’action une fois le Vers épuisé. Le poème nous donne accès à une parole magique qui fait apparaître par son simple pouvoir d’évocation ce qui n’était pas visible : le fond toujours jaillissant de la vie, le flux du devenir.

Pour Rimbaud, la poésie doit être à la proue de la vie, comme un horizon qu’elle déploie au devant d’elle et à partir duquel le poète s’oriente dans son existence.

Paradoxalement, Arthur Rimbaud est empêtré au début de sa vie dans une situation d’enlisement qu’il a analysée avec une lucidité toute dénuée de complaisance. L’enlisement, c’est la privation de la liberté liée sensiblement à la privation du mouvement. C’est quand on est empêtré dans une situation qu’on n’a pas choisie, dont on a hérité et dont on ne peut s’échapper. L’Angelot maudit l’illustre à plusieurs reprises de manière métaphorique dans ses poèmes. C’est ainsi à la fin de Mémoire, l’image du bateau immobilisé dans la boue par le poids de son ancre. C’est aussi l’attitude de l’enfant des Poètes de sept ans qui se réfugie dans les latrines ou sous un mur dans le jardin pour écouter grouiller les « galeux espaliers ». C’est enfin l’évocation du dernier vers du Bateau Ivre, après que l’enfant revenu de ses visions s’assoit seul auprès d’une « flache » : « Je ne puis […] nager sous l’œil horrible des pontons ». En un mot, il s’agit fondamentalement d’une aliénation. Le poète, privé de sa liberté, ne peut s’extraire de cette marne paralysante, qui nie tout mouvement. C’est donc à Dieu que Rimbaud va demander son salut, à un absolu violent et lointain qui seul pourra l’arracher à cette « misère ». « J’ai dit Dieu. Je veux la liberté dans le salut ». Mais ce n’est pas le Dieu des religions instituées, plutôt une sorte de Dieu poétique. Pour se libérer, il va donc s’écarter des chemins traditionnels de la foi ; refusant la religion, il trouvera la liberté par et dans la poésie. En ce sens, la poésie de Rimbaud est tournée vers l’avenir. Il s’agit à tout moment de se tenir à la proue du présent, là où l’étrave fend l’eau du temps, s’avançant à la rencontre de l’avenir. Rimbaud refuse de se soumettre à un passé où l’on s’enlise : rien de moins nostalgique, rien de moins élégiaque que cette poésie. On peut trouver dans Adieu un commentaire poétique de sa formule « il faut être absolument moderne » : « Cependant c’est la veille. Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse réelle. Et à l’aurore, armés d’une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes ». En instituant la veille comme réalité présente, le poète conçoit l’instant présent à partir du lendemain, à partir de l’avenir. Recevant « les influx de vigueur » il nous apprend qu’il a touché là la source où s’alimentent et sa vie et sa poésie : l’impulsion qui met en mouvement. Enfin, dernier indice, le mot « aurore ». Du point de vue du signifié, il est lié au thème de l’aube, du réveil de l’esprit et de l’espoir ; du point de vue du signifiant il est formé d’une répétition du mot « or » qui revient à chaque fois que Rimbaud rencontre l’objet de sa quête : le mouvement en acte.

Rimbaud refuse de se soumettre à un passé où l’on s’enlise : rien de moins nostalgique, rien de moins élégiaque que cette poésie.

Mais comment renouer avec ce mouvement, avec cette liberté dès lors que le poète se trouve pris au piège de l’enlisement ? Il semble que le pouvoir magique de la parole poétique soit l’instrument nécessaire de ce « dégagement rêvé » (“Génie”). C’est en effet à lui que Rimbaud demande d’abord de l’extraire de la situation où il s’enlise. L’opération magique de la parole consiste d’abord à transformer le réel en mots et ensuite à animer ces mots d’un mouvement de métamorphose grâce au jeu des analogies. En somme, il s’agit de substituer à la vue la vision. C’est peut-être ainsi qu’il convient de lire la métaphore filée du “Bateau Ivre” : le poète devient un bateau affranchi de son équipage et de ses instruments de pilotage. C’est uniquement après qu’il s’est débarrassé de tous ces éléments d’orientation qu’il accède à la vision d’un univers en constante métamorphose : ciel, mer, terre confondus. De même dans Aube, c’est la venue du poète-enfant qui marche et son regard qui réveillent et révèlent le monde tout à la fois. Cette métamorphose du réel par le pouvoir de la parole bouleverse radicalement la situation initiale détestée comme le ferait une révolution. Cela est suggéré à la fin du poème Les Poètes de sept ans : « Vertige, écroulements, déroutes et pitié ».

Mais comment renouer avec ce mouvement, avec cette liberté dès lors que le poète se trouve pris au piège de l’enlisement ?

Cette transformation du réel est également une métamorphose du temps. Dans la “Lettre du Voyant”, Rimbaud explique comment le temps peut se ressourcer à travers les mots. La poésie fait surgir en soi l’autre vers lequel on va, l’autre que l’on devient. Ainsi la parole poétique anticipe sur l’avenir, elle le fait advenir avant terme : « Les romantiques qui prouvent si bien que la chanson est si peu souvent l’œuvre, c’est-à-dire la pensée chantée et comprise du chanteur ? Car Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène ». C’est certainement dans ce passage que Rimbaud évoque avec le plus de clairvoyance le processus de la création poétique telle qu’il la pratique. On trouvera un exemple de cette poésie du mouvement ou du « devenir » dans Les Poètes de sept ans, encore, où l’on assiste à une progressive animation du monde grâce à la parole poétique (strophes 4 ; 5 ; 6) et un autre exemple dans le “Bateau Ivre”, strophe 13 : « Des écroulements d’eau au milieu des bonaces/ et les lointains vers les gouffres cataractant ! ». On peut lire dans ces vers, en pleine vision, le surgissement brutal du mouvement au milieu de la paix immobile, sous la forme d’un fleuve ou d’une cascade et conduisant vers la limite du monde connu, ou vers l’infini.

Cette rencontre avec le mouvement (ou temps qui se relance, ou « devenir ») a valeur d’origine dans la poésie de Rimbaud.

Cette rencontre avec le mouvement (ou temps qui se relance, ou « devenir ») a valeur d’origine dans la poésie de Rimbaud. C’est à partir d’elle que la vraie vie commence, c’est-à-dire la vie libre, la vie dont on est l’auteur, c’est-à-dire encore la vie poétiquement vécue. Le poème “Mémoire” nous dévoile la nature de cette écriture du mouvement : Rimbaud fait à rebours dans son passé le chemin qui a conduit jusqu’à lui et sa détresse d’enfant. C’est ainsi qu’il est conduit à remonter jusqu’au moment de sa conception qu’il se représente à la manière d’une Hiérogamie, un mariage sacré entre les éléments. Première séquence :

L’eau claire ; comme le sel des larmes d’enfance,
L’assaut au soleil des blancheurs des corps de femmes ;
La soie, en foule et de lys pur, des oriflammes
Sous les murs dont quelque pucelle eut la défense ;
L’ébat des anges (…)

C’est alors, à l’origine supposée de sa vie, qu’il rencontre pour la première fois le mouvement, comme s’il en était issu :

L’ébat des anges ; — Non… le courant d’or en marche,
Meut ses bras, noirs, et lourds, (…)

L’aube est par essence une origine qui se déplace et que l’on doit suivre.

Déjà présent, on reconnait l’indice « or ». Ce mouvement que le départ du père (« Le départ de l’homme ») va condamner à s’enliser, Rimbaud n’aura de cesse de le faire ressurgir, comme une source résurgente. C’est cette fonction là qu’il assigne à sa poésie, son bâton de sourcier. Et la résurgence du mouvement s’inscrit souvent chez lui dans le motif de l’aube. L’aube, c’est ce qu’on poursuit (comme dans le poème “Aube”), c’est ce que l’on rattrape, mais provisoirement, et qui s’échappe à nouveau : « Et au réveil, il était midi ». L’aube est par essence une origine qui se déplace et que l’on doit suivre. Dans le poème Le Bateau ivre, elle est perçue dans la vision (« L’aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes ») mais pour disparaître à nouveau dans la nuit constellée : « – Est-ce en ces nuits sans fond que tu dors et t’exiles,/ Million d’oiseaux d’or, ô future vigueur ? – ». L’aube est de nouveau perdue, à retrouver.

Un poème apparaît donc comme une fenêtre ouverte sur le mouvement. On voit à travers lui le passage du devenir : « La célérité de la rampe,/ L’énorme passade du courant », le poème “Mouvement” dans les Illuminations. C’est un des premiers poèmes en vers libre ; comme si, porté par la rapidité du devenir et des transformations, Rimbaud était obligé d’inventer une langue qui aille au plus court, qui épouse loin de tout artifice l’évidence de la vie.

« Nous ne sommes pas assez subtils pour apercevoir l’écoulement probablement absolu du devenir ». Nietzsche et Rimbaud se rejoignent pour critiquer ensemble une certaine conception d’un réalisme galvaudé.

Si on a pu qualifier la poésie de Rimbaud de « poésie du devenir », il est un autre penseur (un autre poète ?) qui s’est profondément attaché à comprendre ce qu’est le devenir. C’est Nietzsche, dont les points communs avec Rimbaud sont légions. Au paragraphe 138 de la Volonté de Puissance, il nous enseigne qu’il y a en nous une « faculté ordonnatrice, simplificatrice, faiseuse de distinctions artificielles ». En effet, la vérité au sens où l’entend Nietzsche cherche désespérément à maîtriser la multiplicité des sensations, à ranger l’ensemble des phénomènes connus dans des catégories claires et définies. Néanmoins, le monde du devenir relève de l’informulable, du faux, du contradictoire. « La connaissance et le devenir s’excluent ». Dès lors, pour que la connaissance soit, il faut que la volonté de rendre le monde connaissable préexiste, il faut nécessairement qu’une sorte de devenir fabrique l’illusion de l’être. Le devenir en somme brise les concepts pour redonner aux choses leur élan vital : « Le devenir en tant qu’invention, vouloir, abnégation, triomphe remporté sur soi-même : pas de sujet, mais une activité, une inventivité créatrice, ni causes ni effets » (Volonté de Puissance, § 170). (« Je est un autre »). Cela nous renvoie immédiatement à la Volonté de puissance : elle est volonté de devenir davantage que ce qu’on est, de se vaincre soi-même, de chercher, d’expérimenter. La lumière de cette théorie nous permet d’éclairer un peu plus la vie de Rimbaud ainsi que son œuvre : comme la volonté de puissance pousse au danger, invite à prendre des risques, elle tend à abréger la vie car il est important de comprendre que ce qu’elle cherche, c’est moins la durée que l’éternité, l’instant. Le permanent n’existe pas, ou plutôt il n’existe que grâce à nos sens qui ramènent les choses à des plans communs, simplifiés. « Nous ne sommes pas assez subtils pour apercevoir l’écoulement probablement absolu du devenir ». De ce point de vue, Nietzsche et Rimbaud se rejoignent pour critiquer ensemble une certaine conception d’un réalisme galvaudé.

Rimbaud n’a pas su choisir entre les diverses possibilités qui s’offraient simplement à lui ; il n’a pas connu ni même reconnu la nécessité : « ni bourgeois satisfait, ni réformateur conséquent ».

Enfin, ces réflexions nous portent à définir plus précisément le sens que l’on peut donner à cette notion de liberté pour Rimbaud. A la fin de son Rimbaud, Yves Bonnefoy parvient à résumer la recherche de ce « passant considérable » (Mallarmé). En effet, il existe deux modes élémentaires du devenir de l’esprit, deux façons de penser. Le premier postule d’abord le réel et ne conçoit « la liberté que comme un choix entre les divers possibles que notre condition de fait nous propose ». Dès lors, le choix hasardeux n’existe pas puisque l’on valorise une connaissance objective. Il s’agit de connaître au mieux ces possibles afin d’opter pour le choix le plus juste et le plus rationnel. « Hegel nous enseigne ainsi que la liberté c’est la connaissance de la nécessité ». Partant, celui qui se refuse à comprendre les exigences qu’imposent cette nécessité ou celui qui refuse tout bonnement de faire un choix, celui-là sera frappé d’anathème par les chantres de ce rationalisme. Rimbaud n’a pas su choisir entre les diverses possibilités qui s’offraient simplement à lui ; il n’a pas connu ni même reconnu la nécessité : « ni bourgeois satisfait, ni réformateur conséquent ». Arthur Rimbaud n’a pas pris la peine de choisir. Alors oui, « de ce point de vue raisonnable, sa poésie est un errement qu’il ne faut pas justifier ».

Rimbaud s’oppose définitivement à tout appauvrissement du réel au nom du réalisme ; le réel est plus vaste que sa définition objective et c’est ainsi que l’on peut comprendre le sens qu’il donne au nom de liberté.

Le second mode d’être qui revendique le nom de liberté apparaît quand la pensée ne se limite plus aux seules possibilités qui nous sont offertes, afin d’y distinguer le meilleur. Il s’agit avant tout d’un choix éthique : « la pensée a posé dans l’absolu son désir ; elle se réserve dès lors le droit d’accepter ou non les suggestions du réel selon qu’il comblera ou non son inaliénable désir. » Quand bien même celui-ci s’avère impossible, la pensée le maintient car « aux satisfactions relatives elle lui préfère son exigence » et sa rigueur. Ainsi, en dépit de son enlisement dans une condition subie, elle ne consentira pas à faire « une apologie du donné », et parfois, elle le mettra même en accusation dans un glorieux élan d’héroïsme. Assumant et résistant aux frustrations, à toutes les misères, les aggravant même, la pensée ainsi libre nous livre un « témoignage absolu ». Celui de « l’honneur de l’humain ». Mais il semble clair que cette pensée ne se reconnaît ni dans le désespoir, ni dans le stoïcisme ; au contraire, elle conçoit que le donné peut se « métamorphoser par miracle ou s’améliorer par raison ». C’est le refus d’un rapport au monde qui est contraint par une idéologie scientiste et positiviste. Certes, la poésie ne peut changer le donné, mais elle peut changer notre rapport au monde. On pense la nature par rapport à notre propre condition, par rapport à notre finitude, par rapport à nos limites. On peut croire avec Rimbaud (en se laissant guider par Yves Bonnefoy) qu’il existe une « liberté nouvelle, une éternité praticable pour un regard dessillé par le refus de tenir pour aménageables et naturelles la limitation et la mort ». Rimbaud s’oppose définitivement à tout appauvrissement du réel au nom du réalisme ; le réel est plus vaste que sa définition objective et c’est ainsi que l’on peut comprendre le sens qu’il donne au nom de liberté. Comme l’écrivait le romancier autrichien Robert Musil dans son grand roman inachevé : le sens du réel, c’est le sens du donné prolongé par le possible.

« S’il y a un sens du réel, et personne ne doutera qu’il ait son droit à l’existence, il doit bien y avoir quelque chose que l’on pourrait appeler le sens du possible. L’homme qui en est doué, par exemple, ne dira pas : ici s’est produite, va se produire telle ou telle chose ; mais il imaginera : ici pourrait, devrait se produire telle ou telle chose ; et quand on lui dit d’une chose qu’elle est comme elle est, il pense qu’elle pourrait aussi bien être autre. Aussi pourrait-on définir simplement le sens du possible comme la faculté de penser tout ce qui pourrait être « aussi bien », et de ne pas accorder plus d’importance à ce qui est qu’à ce qui n’est pas. […] Le sens du possible ne comprend pas seulement les rêves des neurasthéniques mais aussi les desseins encore en sommeil de Dieu. Un événement et une vérité possibles ne sont pas égaux à un événement et une vérités réels moins la valeur « réalité », mais contiennent selon leurs partisans du moins, quelque chose de très divin, un feu, une envolée, une volonté de bâtir, une utopie consciente qui, loin de redouter la réalité, la traite simplement comme une tâche et une invention perpétuelles. »

Robert Musil, L’Homme sans qualités.

David Sourdillon


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