Préparation pour un miracle : renversements magiques

Préparation pour un miracle

Présenté pour la première fois en France au théâtre de la Cité internationale, dans le cadre du festival Transforme qui célèbre les gestes artistiques novateurs et pluridisciplinaires, Préparation pour un miracle est un spectacle inclassable et un seul-en-scène fascinant, dans lequel le comédien, danseur, acrobate et magicien Marc Oosterhoff (Cie Moost) détourne le réel avec grâce et ingéniosité.

Sur un plateau qui paraît nu, éclairé par des néons grésillants, un homme nous regarde. Il est bien conscient de notre présence, mais il ne peut pas faire grand-chose pour nous : il ne sait pas ce qu’il fait là.  Au creux de ce « rien », pourtant, se dessine le miracle : c’est parce que rien ne se passe vraiment que tout peut arriver. Il tente de s’échapper de cet étrange spectacle par divers stratagèmes, mais tout semble le ramener ici, devant nous. Une porte s’ouvre, il s’y engouffre, mais il réapparaît au même endroit, ou bien de l’autre côté, ou même dans les gradins, sous le plancher… Rien n’y fait.

Au creux de ce « rien », pourtant, se dessine le miracle : c’est parce que rien ne se passe vraiment que tout peut arriver. Le plateau se recouvre d’une atmosphère de château hanté où les choses et les bruits semblent mus par des courants invisibles. La servante – cette lampe traditionnelle des plateaux de théâtre censée rester allumée toute la nuit pour faire fuir les fantômes – s’éteint et se rallume ici à sa guise, déjouant toute tentative de contrôle électrique : dès le début du spectacle, le réel se met à tressaillir.

Préparation pour un miracle
Préparation pour un miracle © Yuri Pires Tavares

Grâce muette

Au creux de ce « rien », pourtant, se dessine le miracle : c’est parce que rien ne se passe vraiment que tout peut arriver.

Préparation pour un miracle se construit comme un jeu de piste muet, un labyrinthe de micro-situations irréelles dans lesquelles Marc Oosterhoff nous plonge avec fluidité et sans avoir l’air d’en être l’instigateur. Son rapport au public est extrêmement bien dosé et délicat : clownesque malgré lui, il ne tombe jamais dans la parodie ou l’exagération. Dans ces regards inquiets jetés à la volée, ces légers sourires, ces gestes ordinaires, le comédien trouve toutes les nuances d’un personnage qui ne dit mot. On adhère entièrement à cette fiction qui prétend ne rien raconter, mais qui se construit pourtant avec autant de suspense qu’une aventure homérique.

La simplicité de cet anti-héros est la condition d’un éblouissement encore plus grand : à travers des jeux d’ombres, des danses désarticulées et des lévitations, Marc Oosterhoff trouve une grâce et une poésie de l’impossible. Son corps semble tomber au ralenti, ses mains se multiplier, ses passages se dédoubler… On ne parvient plus à distinguer ce qui est de l’ordre du réel et ce qui s’en échappe. La magie se déploie devant nos yeux qu’on croyait attentifs, et se libère alors l’émotion que provoquent les renversements.

L’équilibre des choses

Mais dans ce monde « catastrophique » où tout est bouleversé, il n’est plus vraiment seul : tout prend vie autour de lui. Les objets résistent à la gravité, empruntent leurs propres trajectoires et montrent la voie à celui qui se pensait solitaire. Marc Oosterhoff fait ici de la scénographie un personnage à part entière, avec lequel il tisse une relation complice. Ce qui résistait à tout contrôle et au cours normal des choses se retrouve poétiquement mis à profit dans la quête de cet inconnu qui ne sait pas ce qu’il doit chercher.

La magie se déploie devant nos yeux qu’on croyait attentifs, et se libère alors l’émotion que provoquent les renversements.

Avec beaucoup d’ingéniosité et un sens de l’équilibre impressionnant, il devient progressivement l’architecte de sa propre libération. Acrobate, Marc Oosterhoff construit devant nous un petit cirque précaire et délicat, qui lui permet de s’élever. Sans trop en dire, il faut enfin souligner la beauté de la dernière scène où la bascule devient littérale et où la catastrophe se transforme en miracle.

Préparation pour un miracle est une valse avec l’impossible, et Marc Oosterhoff nous invite à danser avec lui avec beaucoup de générosité. Ses talents de comédien, de danseur, de magicien et d’acrobate lui permettent de créer une forme hybride qui brille par son originalité et qui laisse trace dans ce cours des choses qu’on ne pourra plus jamais vraiment voir de la même façon.

Préparation pour un miracle, un spectacle conçu et interprété par Marc Oosterhoff (Cie Moost). À retrouver du 7 au 15 décembre à La Comédie de Genève, du 23 au 26 janvier 2024 aux 2 Scènes (Scène nationale de Besançon) et les 25 et 26 avril 2024 au Manège (Scène nationale de Reims).

Crédit photo : Préparation Pour Un Miracle © Yuri Pires Tavares


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