L’Atelier – La voix de la jeunesse

Dernier Français palmé au Festival de Cannes, Laurent Cantet avait conquis le jury de Sean Penn en 2008 grâce à Entre les murs, coréalisé avec François Bégaudeau. Près de dix ans plus tard, il fait tomber les murs de sa salle de classe pour reprendre, en solo, son thème de prédilection : l’instruction de la jeunesse par la littérature. Un exercice de style qui a ses limites, car le professeur Cantet livre un essai prometteur sur le papier mais pas suffisamment abouti.

Tourné à La Ciotat, L’Atelier marque donc les retrouvailles de Laurent Cantet avec les bons auspices de la Côte d’Azur. Concourant à la section Un Certain Regard, il peut prétendre à un prix tout en échappant aux écrasants enjeux de la Compétition Officielle. Pas de seconde Palme, mais L’Atelier est à sa place à la marge de la grand-messe de cette 70e édition. Sur scène, Thierry Frémaux introduisait la projection en rappelant que le décor du film se situe à quelques encablures de Cannes. On imagine bien que le Délégué Général devait aussi avoir à l’esprit le premier film des frères Lumière, L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat.

Mise en scène naturaliste

l'atelierToutefois, le but n’est pas de rendre hommage au septième art, comme le rappelle la mise en scène naturaliste. Sur la forme, le long métrage de Laurent Cantet reprend les codes d’Entres les murs. Minimaliste en termes d’effets cinématographiques, reposant sur des plans de groupes qui laissent aux dialogues le temps d’exister dans l’entièreté du discours, il revêt un aspect authentique. L’approche esthétique va en ce sens, avec une photographie baignée de la lumière provençale qui a tant inspiré les impressionnistes ; pour trouver Cézanne en revanche rendez-vous avec Rodin en Compétition.

Robin Campillo scénariste

Ancré dans son époque, ce drame nuancé, aux accents de pamphlet contre l’ignorance, invite le spectateur à se questionner, à travers les interrogations qui animent les personnages. Des ados qui consacrent une partie de leur été à un atelier d’écriture mené par une auteure de polars. Elle est incarnée par Marina Foïs, seule grand nom d’un casting qui regorge d’attachantes découvertes. Co-scénarisé à quatre mains avec Robin Campillo, L’Atelier est l’occasion de se souvenir que la complicité artistique qui lie Laurent Cantet au réalisateur du très favori 120 battements par minute ne date pas d’hier. Ensemble, ils avaient déjà écrit Entre les murs. Cette nouvelle collaboration s’inscrit dans le prolongement, avec le leitmotiv du groupe de jeunes entre aspirations personnelles et difficultés à se comprendre.

Pensée réflexive

L’Atelier relève du « cinéma nécessaire », au sens noble. Il ouvre des pistes de réflexion à travers un prisme thématique allant de la référence aux attentats, au racisme, au patrimoine culturel hérité des générations précédentes, ou à l’isolement. Si le film de Laurent Cantet mérite d’être vu pour son caractère philosophique et sociétal, le cinéaste reste trop en surface des objets d’étude qu’il aborde, lançant un débat trop tôt supplanté par un autre. On reste ainsi un peu sur sa faim. En somme, certains loueront une leçon de cinéma proche du réel, tandis que d’aucuns reprocheront au réalisateur de leur faire la leçon.

L’Atelier, de Laurent Cantet, avec Marina Foïs et Matthieu Lucci.

Un Certain Regard, sortie prévue le 11 octobre.


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