La peinture musicale de James Whistler

The Frick Collection, New York © 2021 © The Frick Collection / Joseph Coscia Jr.

Dans la salle n°9 du musée d’Orsay, vingt-deux œuvres du peintre américain James Abbott McNeil Whistler sont présentées au public. Pour dix-neuf d’entre elles, il s’agit de leur premier voyage depuis plus d’un siècle, quittant ainsi New-York et la Frick Collection alors en travaux. Nous découvrons ainsi la douceur et la délicatesse de ce peintre, le plus européen des Américains.

Arrangement en Noir et Or : le comte Robert de Montesquiou-Fezensac, The Frick Collection, New York © 2021 ©The Frick Collection / Joseph Coscia Jr.

Le dandy & le mondain

En arrivant dans la petite exposition dédiée au peintre, le visiteur découvre trois grands portraits mondains en pied. Il est aisé de reconnaître ainsi le portrait du très célèbre comte Robert de Montesquiou-Fezensac intitulé Arrangement en Noir et Or : comte Robert de Montesquiou-Fezensac et peint en 1892. On sait que le comte inspira Marcel Proust pour le personnage du baron de Charlus. En revanche, il est moins connu que James Whistler fut un des modèles pour faire le personnage du peintre Elstir dans cette grande fresque qu’est À la recherche du temps perdu.

Whistler arrive à Paris en 1855 pour y étudier la peinture et côtoie alors d’autres élèves qui souhaitent intégrer l’École des Beaux-Arts comme Monet, Sisley ou encore Renoir. Ce n’est qu’en 1863 que Whistler intrigue avec La Dame en blanc exposée au Salon des Refusés. Il devient ensuite une des figures de la société parisienne du XIXe siècle.

Peintre synesthésique

Alors que le célèbre critique Ruskin se moque du peintre et l’accuse de jeter un pot de peinture à la face du public, Whistler défend son esthétique et sa modernité en interrogeant davantage la couleur que le sujet. En témoignent les titres de ses tableaux qui font échos aux pièces musicales : arrangement, symphonie, nocturne… autant de termes qui renvoient à une recherche harmonique des couleurs. Whistler pousse ses tableaux vers une représentation générale de son époque, le singulier tire vers le général et l’on se concentre alors sur l’essence des choses oubliant presque l’identité de ceux représentés. L’on trouve alors le peintre symboliste qui se cachait derrière le peintre mondain.

Whistler défend son esthétique et sa modernité en interrogeant davantage la couleur que le sujet.

L’exposition présente douze eaux-fortes représentant Venise et ses canaux dans une vision renouvelée de la ville. Le visiteur découvre alors une ville secrète, loin des représentations classiques de Venise que le peintre découvrira entre 1879 et 1880. L’on a l’impression de vues prises sur le vif, instants volés à la ville et au temps. Ce qui est agréable est la douceur qui se dégage des œuvres de Whistler. Les couleurs, les traits des eaux-fortes inspirent calme et volupté.

The Frick Collection, New York ©2021 ©The Frick Collection / Joseph Coscia Jr.

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Si seulement quelques œuvres du peintre sont exposées, le musée d’Orsay nous offre un aperçu de ce qu’a pu être la collection Frick constituée par Henry Frick, industriel de l’acier et surtout grand mécène américain qui a réuni des œuvres de Turner, Renoir, Gainsborough et tant d’autres ! De sa collection est né un musée actuellement en rénovation. L’exposition au musée d’Orsay vous est proposée jusqu’au 8 mai 2022.


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