« Internet est un fantastique terreau pour la littérature»

Zone Critique est parti à la rencontre de Charles Flamand, l’auteur du roman numérique construit en temps réel Mercoeur.

Vous n’êtes pas sans le savoir, les ventes de livres sont en chute. Et bien que seulement d’1,5% en France l’année dernière, d’aucuns s’interrogent (à juste titre), aux vues de l’ampleur de l’impact du phénomène numérique sur l’industrie papier, sur l’avenir du livre physique. Certes, le livre, reste l’objet le plus offert pour les fêtes. Par ailleurs, nombreux sont les écrivains qui déjà s’opposent à la « numérisation » de la littérature qui sous nos yeux se fait jour : ainsi de Fréderic Beigbeder, bien décidé à en venir aux mains contre les thuriféraires du numérique, à qui s’adresse son prochain ouvrage, Mon poing dans ta gueule: «Le numérique, c’est de la pornographie. Mes romans, c’est de l’érotique voilé, de l’explosante-fixe, du magique-circonstanciel». 

Force est pourtant de constater que s’opère, et bien que les mots soient pompeux, un tournant de civilisation: même si nous sommes loin du monde anxiogène, totalitaire et paranoïaque imaginé par Gary Stheinghart dans le fantastique Super triste histoire d’amour (qui vient d’être édité en Points), fable orwelienne hilarante et désespérée qui nous projette dans un avenir proche où les livres ont quasiment disparus, Internet constitue un terreau d’innovation duquel la littérature s’empare actuellement. Ainsi par exemple de la plateforme monBestSeller qui se propose de publier gratuitement en ligne des manuscrits inédits écrits par les internautes.

Plus intéressant encore, un jeune auteur, Charles Flamand, que Zone Critique a rencontré, travaille depuis quelques mois, à la réalisation d’un projet passionnant : l’écriture d’un « roman numérique », Mercoeur, construit si l’on peut dire « en temps réel » : « J’ai voulu construire mon projet dans la lignée des grands romans-feuilletons du XIXème siècle. A l’époque, petits et grands romanciers écrivaient pour la presse ! », indique Charles Flamand. L’internaute peut donc découvrir chaque jour un nouveau passage du roman (un paragraphe ou parfois simplement une phrase) depuis son site, ou celui de nos confrères de Francs Tireurs, qui ont décidé de relayer l’aventure Mercoeur.

“J’ai voulu construire mon projet dans la lignée des grands romans-feuilletons du XIXème siècle”

Le but de ce projet ? « Aujourd’hui notre attention est de plus en plus fragmentée. Il faut s’adapter au monde dans lequel nous vivons. Internet et les réseaux sociaux constituent en cela un fantastique terrain pour la littérature, en ce qu’ils permettent de fragmenter un récit, et de s’adapter ainsi à un lectorat qui évolue. »

Pour autant, ce chantre de la littérature numérique n’en est pas moins un amoureux du papier : « Le livre est le plus bel objet qui soit. Mon roman numérique est d’abord pour moi une manière d’accéder au papier. Le livre me fascine pour son odeur, mais également parce ce qu’il éveille tous les sens. Un écran ne fait appel qu’à la vue. »

C’est d’ailleurs (et paradoxalement), cet amour du livre papier qui fonde la trame narrative de Mercoeur : tout commence en effet dans une librairie, dans laquelle travaille, entouré donc de beaux livres et de manuscrits précieux, le narrateur. Dans les méandres d’un Paris grisailleux, à travers les courbures d’une langue souple et délicate, nous suivons ainsi ses errances jusqu’à sa déterminante rencontre avec le pauvre et cultivé Mercoeur.

Preuve en est, en tous les cas, de la qualité de ce roman numérique, qu’Internet a de belles pages devant lui.

Le site de Mercoeur et des Francs Tireurs

Sébastien Reynaud


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