Départ d’Incendies, le festival qui embrase le Théâtre du Soleil

Du 2 juin au 2 juillet, le Théâtre du Soleil accueille cinq jeunes troupes pour créer, innover et enchanter le monde dans le cadre du festival Départ d’Incendies. Une initiative pas comme les autres qui propose à la nouvelle génération de rêver grand – et en collectif.

Ce que vous y verrez

Dans la lumière naturelle d’un après-midi ensoleillé de juin, la compagnie du Théâtre de l’Hydre s’apprête à donner son Macabre Carnaval. Nous sommes sur le parking de la Cartoucherie, et à quelques minutes du « lever de rideau », on entend un brouhaha joyeux et des mains qui claquent. Derrière les grands tableaux noirs qui cachent des loges presque à vue, le rituel magique des artistes avant d’entrer en scène est à l’œuvre. Pendant cinq semaines, l’équipe de Stéphane Bensimon pose ses valises au Théâtre du Soleil. L’occasion de présenter une pièce inédite, de tester les premières scènes d’un solo de clown et d’expérimenter la gestion collective de ce théâtre mythique avec quatre autres troupes.

« Le public découvrira les spectacles des troupes et pourra assister à des tables rondes, rencontres, débats, lectures, concerts, ateliers de théâtre ouverts à toutes et à tous et menés par les troupes elles-mêmes.»

Dans le programme de ce festival, on retrouve le goût du Soleil pour l’expérimentation de tous types d’écriture dramatique : textes contemporains ou classiques, des Aveugles de Maeterlinck (critique ici) au Mephisto de Mann (critique ici), du Platonov de Tchekhov à l’adaptation de l’Antigone de Sophocle, jusqu’à la création originale (Macabre Carnaval). Et ce n’est pas tout : le public aura aussi l’occasion d’assister à des bords plateaux, aux making of des créations lors d’échanges à la buvette et à des représentations dites « Première Étincelle » dans lesquelles les troupes invitent le public à découvrir les maquettes de recherche de leurs créations en cours.

L’école de la vie en troupe

À l’origine de cette initiative, il y a Annabelle Zoubian de la troupe Immersion. En 2021, en plein Covid, elle avait fait l’ouverture du festival Le Soleil se partage avec sa mise en scène de Platonov d’Anton Tchekhov. Cette expérience la pousse à proposer à Ariane Mnouchkine de recréer un rendez-vous dédié à la jeune création au Théâtre du Soleil, sur le modèle de Premier Pas – le festival porté par Alexandre Zloto et Ariane Bégoin de 2003 à 2012. Départ d’Incendies reprend donc la philosophie de cet événement qui plaçait l’esprit de troupe au cœur de la création. Pour les deux comédiens, trois caractéristiques le distinguent de la compagnie : « être nombreux sur le plateau, se projeter ensemble dans une aventure commune pour plus d’un spectacle, travailler dans un esprit d’école permanente en se stimulant les uns les autres. »

« Être nombreux sur le plateau, se projeter ensemble dans une aventure commune pour plus d’un spectacle, travailler dans un esprit d’école permanente en se stimulant les uns les autres. »

Ce festival est unique parce qu’il porte une vision rare qui encourage les jeunes artistes à créer des projets d’envergure et qui leur donne les moyens d’y parvenir. En effet, ce n’est pas une mais dix dates qui sont programmées pour les créations. Ce n’est pas une salle mais tout le parc de la Cartoucherie qui est mis à leur disposition. Ce ne sont pas les résidents du Soleil mais les festivaliers qui décident de la programmation. Et enfin, ce n’est pas une compétition entre troupes mais une mise en commun de moyens et de compétences pour jouer plus grand, ensemble. Une démarche plus que nécessaire et fertile.

« Brûler de la même flamme »

Le leitmotiv de ce festival, c’est l’utopie – le possible non encore réalisé cher à Ariane Mnouchkine. Qu’ils soient mythiques, historiques ou inventés, les personnages des pièces présentées portent tous et toutes la même question : comment croire encore en l’humain aujourd’hui ? Une question qui traverse l’œuvre théâtrale de Mnouchkine et qui résonne de manière tangible dans les trois nefs du parc de la Cartoucherie encore emplies des spectacles qui s’y sont déroulés : « Ce lieu est un espace qui permet de voyager à travers le temps, de partager des idées, de vivre une expérience ensemble, de générer de la joie, de faire la révolution sans violences » lit-on sur le site du festival.

« Ce lieu est un espace qui permet de voyager à travers le temps, de partager des idées, de vivre une expérience ensemble, de générer de la joie, de faire la révolution sans violences.»

Pas de doute, la flamme commune dont brulent toutes les compagnies présentes lors de ce festival réside bien dans la rage d’une révolution pacifique traversée par le monde. L’Antigone de Sébastien Kheroufi nous plonge dans l’Algérie d’après-guerre, Platonov dans une Russie décadente, Macabre Carnaval fait vibrer la voix d’une jeunesse uruguayenne révoltée tandis que Clara Koskas rend sensible le monde de silence des Aveugles.

Au-delà de sa capacité à croiser les destins de personnages que tout oppose dans un seul et même geste artistique, ce festival montre que donner les clés d’un théâtre comme celui du Soleil à de jeunes artistes ne veut pas dire en oublier ses valeurs. Dans chaque mise en scène, on retrouve le rêve, mais aussi l’exigence et la générosité qui caractérisent les spectacles de Mnouchkine : « Le Théâtre du Soleil, en faisant confiance à de jeunes troupes (…) offre une chance à cette jeunesse de pouvoir créer librement, de jouer et de faire de ce festival, comme il le fait de son théâtre, un rempart contre le désenchantement du monde. » À l’ombre des arbres de la Cartoucherie, ce n’est pas à un passage de flambeau que l’on assiste mais bien à un joyeux départ de feux sur lequel souffle affectueusement la tempête Ariane.

  • Festival Départ d’Incendies, du 2 juin au 2 juillet 2023. Retrouvez toute la programmation ici!
  • Direction artistique : Annabelle Zoubian
  • Organisation : Association Départ d’Incendies en collaboration avec le Théâtre du Soleil et la compagnie Immersion.
  • Compagnies représentées : Théâtre de l’Hydre, La Tendre Lenteur, Les Barbares, Immersion, Compagnie Populo

Crédit photo : © Léo Nivet


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