Les affres d’une guerre matricielle

Samuel
Crédit photo : Samuel Buckman

Zone Critique vous propose d’observer une minute de silence et de reconstruire votre image de la Grande Guerre. L’exposition de Samuel Buckman, à Valenciennes, s’inscrit dans cette démarche avec un travail sur la mémoire et la commémoration. L’auteure Perrine Le Querrec nous fait partager cette expérience de guerre matricielle, dont nous n’avons aucun souvenir et qui pourtant nous a forgé.

Dans la galerie dite de « L’aquarium » se joue une scène, une scène à observer De loin, une commémoration lente.

Déposés à hauteur du regard des témoins, des objets, des familiers. Rangés comme la mémoire et ses cases, vides ou pleines. Au cœur de l’espace palpitent un bouleau haut dressé, une musique blessée. Les graines de notes brisent par intervalle le silence des objets, à nos pieds la pluie d’or des feuilles tombées.

De quelle guerre parlons-nous ?

Elle palpite elle avance elle change de nom de visage. Des murs blessés, des murs d’histoires traversées par le quotidien des jours. Des murs qui blessent, épines dorsales ou bois de bêtes, de part et d’autre de grands format crayonnés jusqu’à l’extinction des voix

L’extinction des feux

L’extinction des sens.

Les traits tissent, enchevêtrés striés serrés, à force font nid, fond noir.

Des grands formats autrefois blancs

De grands humains autrefois vivants

De grands paysages autrefois verdoyants

Par des fragments de ce qui fut

Fut entier

Fut vivant

Fut vivace

Avançons, comprenons.

Restent des traces

Quelques pommes de terre

Le moral des troupes

Un nid tombé de l’arbre

A présent sur le piédestal de la mémoire.

Pourquoi se souviendrait-on des héros,

Pas des nids

Pas des clous

Pas des écorces

Pas des cailloux ?

Tout parle à qui écoute.

Ponctuation immense des papiers noircis d’énergie ; sont debout là tandis que

Une carte à jouer

Deux cristallins de poissons

Ça sent l’humain

Ça sent le carnage

Os d’arbre os d’homme os de seiche

Remontent le squelette de l’histoire.

Sur le flanc un oisillon propre débarrassé de ses plumes de sa chair de sa vie, repose entre des sous-sols de feu, qu’ils sont grands ces formats-feu, cosmogonies qui vont s’éclaircissant, une encre brune comme un cul-de-basse-fosse, une nuit de tranchée, une seconde morte, un ensevelissement de boue, une parfaite implosion explosion. Sortir du noir, les brûlures liquides éclairent la route ainsi je repère l’ennemi la chute le caillou le travers du chemin. Extraction des formes et des signes, équilibre des angles morts.
Débris en tous sens, clous bois cailloux, clous debout, bois levé, cailloux creux, chacun dit, chacun raconte, amorce le geste de celui qui, de ceux qui, de nous qui

Chemin de ronde, arpentons les boyaux la tranchée, les parcours passés repassés, topographie des multiples et des rencontres ratées, des vies abrégées.

Rompez. Rampez. Tous à l’abri. Infiniment petit l’humain qui passe la porte de la baraque Adrian trapue lisse luisante, sans fond sans fin l’animal tapi. Les distances basculent se bousculent, le petit grand, le grand réduit, évidé, déplacé, recomposé, chaque élément  articule sa propre langue. Au cœur même l’abri noir lourd plein lourd transporté lourd posé lourd. De loin s’approcher, de loin s’avancer.

Alors il est cela l’artiste, l’énergie se marche dessus grands gestes entiers et puis minutie, poser l’un sur l’autre près des autres les rebuts, monticules muets et puis un élément par place et aussi grand jardinier et  créateur d’écarts renversés.

Samuel
Crédit photo : Samuel Buckman
  •  Exposition DE LOIN, Samuel Buckman, Jusqu’au 18 octobre 2014, Galerie l’Aquarium 8 rue Ferrand 59300 Valenciennes
  • De loin #2 (Dessins élémentaires)  série issue de 255 Dessins élémentaires accompagnée de grands dessins inédits  à la bibliothèque multimédia de Valenciennes jusqu’au 15 novembre 2014

Perrine Le Querrec


Publié

dans

,

par

Étiquettes :