La Galerie Dior – le conte de fée

Christian Dior © Bernard Buffet

Il est des moments de mode émouvants. Le dernier défilé d’Yves Saint-Laurent, l’ouverture de son musée, la mort d’Alber Elbaz il y a peu et une exposition rétrospective au Palais Galliera. Faut-il une exposition ou un musée pour accepter la disparition et hisser ces créateurs au rang d’immortels ? Après la sublime exposition au musée des Arts Décoratifs sur l’histoire de la maison Dior, cette dernière ouvre sa galerie et permet aux passionnés de la mode de découvrir les archives de la maison de manière pérenne. De première boutique, le 30 avenue Montaigne devient musée, nouvelle pierre au monument Dior qui célèbre à la fois ceux qui furent et firent et ceux qui sont et font.

Un musée-hommage

Le visiteur pénètre un écrin blanc et doit monter au dernier étage pour rejoindre la première galerie qui retrace la vie de Monsieur Dior qui surplombe, ainsi, le reste de l’exposition en étant au point culminant. Le Dior de la mode peut-être ? La galerie s’ouvre donc sur la partie biographique de Monsieur Dior, montrant l’ascension fulgurante du couturier jusqu’à son décès tragique en 1957 à Montecatini Terme.

Le visiteur découvre alors l’enfance à Grandville, Christian Dior galeriste, Christian Dior illustrateur, Christian Dior couturier, Christian Dior businessman, Christian Dior mondain, Christian Dior l’ami fidèle, Christian Dior… la légende disparue trop tôt. La salle est circulaire, comme si Dior était infini, immortel donc et que son héritage demeure, incarné dans les vêtements de ses successeurs tout aussi talentueux. Pour cela il faut redescendre sur Terre.

©Kristen Pelou

Les années défilent, les vêtements aussi grâce aux nouveaux couturiers qui reprennent la direction artistique de la maison Dior. La nouvelle galerie Dior cultive son passé, son patrimoine, le souvenir qui revient par bribes. On est fasciné de revoir les robes crées par John Galliano, créateur chez Dior pendant quinze ans. Cette longévité s’explique par la dimension spectaculaire de ses créations, véritables microcosmes qui invoquent des univers issus d’une vision idéalisée des contes, des anciens empires ou d’autres cultures. Galliano était un créateur de mondes là où Raf Simons, qui lui succède pendant quatre ans, revient à une essence architecturale et minimaliste de la coupe, opérant une rupture radicale entre le baroque contemporain et l’épure.

Comme toute grande maison de couture, une évolution est à noter, mais l’on revient toujours à l’idée même du fondateur que ce soit au niveau des coupes, des tissus, des motifs, des broderies, point toujours l’hommage discret à Monsieur Dior. Une des salles propose ainsi de voir l’évolution de la création depuis Yves Saint-Laurent jusqu’à Maria Grazia Chiuri.

Une maison d’artisanat.

Les Mains D(i)or © Théo Bellanger

Dans un article sur la mode et l’artisanat, je soulignais l’importance du patrimoine vivant que représentait la mode et plus particulièrement la haute-couture. Les mains D(i)or de la maison iconique sont très bien représentées dans cette nouvelle galerie avec la présence de deux brodeuses qui, sur un métier à broder, nous montre leur savoir-faire. C’est ainsi l’occasion pour les visiteurs de découvrir ce métier fascinant et exigeant. Plus qu’un musée, c’est aussi une antichambre pour des vocations. C’est la diffusion et la valorisation de notre patrimoine vivant qui fait la fierté, deux semaines par an, de la couture française et son excellence. Avec le 19M des métiers d’Arts de la maison Chanel, la galerie Dior devient la deuxième maison à présenter in situ ses savoir-faire d’exception.

Quelques croquis et quelques toiles, qui sont les esquisses à taille réelle des vêtements, sont exposés et sont ainsi le témoignage d’un long travail de réflexion et de création.

Une flânerie onirique

« Les couturiers incarnent un des derniers refuges du merveilleux. Ils sont en quelque sorte des maîtres à rêver… » – Christian Dior, Christian Dior et moi, 1956

Comme leurs défilés, la maison Dior a choisi de créer une scénographie inoubliable pour son musée permanent. La sobriété de la galerie retraçant la vie de Monsieur Dior n’est qu’un amuse-bouche. Dès lors que nous pénétrons dans l’histoire du vêtement Dior, un univers se déploie. Comme Alice au pays des merveilles qui tombe dans le terrier, le visiteur descend dans un couloir sombre et étranglé pour découvrir une première salle où plusieurs robes aux tonalités rouges et noires sont présentées. C’est ensuite douze salles thématiques, quatorze écrins différents qui s’offrent à la vue du visiteur. Entre les fleurs du château de la Colle-Noire et Paris, le visiteur découvre toutes les facettes de la maison dans une flânerie somptueuse qui revient sur les différents mondes Dior, de la mode à la parfumerie en passant par la beauté.

Christian Bérard, Les Saltimbanques, 1946, © Théo Bellanger

La galerie Dior révèle des mondes méconnus comme celui qui lie la maison à l’art. Christian Dior était un esthète, un ami des artistes : Jean Cocteau, Max Jacob, Poulenc, Dali, pour ne citer qu’eux… Un très beau portrait de Monsieur Dior réalisé par Bernard Buffet est exposé avant d’entrer dans son bureau. Puis, dans une salle dédiée à l’art, on retrouve les fameuses affiches réalisées par le génial René Gruau, dessinateur de mode, ou un tableau de Christian Bérard, illustrateur et scénographe.

La salle la plus époustouflante présente vingt-six robes dans une scénographie qui nous a fait penser à un Panthéon. La projection digitale rend l’expérience presque immersive. Le spectateur arrive et les robes le surplombe comme des déesses. Ce n’est donc pas un hasard que nous retrouvons alors la très célèbre robe Junon créée par Christian Dior pour la collection automne-hiver 1949-1950.

© Théo Bellanger

Rien ne presse, on regarde, on contemple, on se souvient, on fantasme. Dior a sans doute réussi à créer une image collective. Tout le monde a une idée de la maison Dior, du rouge à lèvre au parfum, du sac aux chaussures… Dior semble partout comme un empire.

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Il y aurait tant à dire encore. Parler peut-être de cette salle qui apparaît comme un cabinet de curiosité et qui retrace tous les objets iconiques de la maison ? Ou de la robe Miss Dior de 1949 ? Ou enfin de cet escalier qui ouvre sur une vitrine immense constituée de dioramas ? Voilà, somme toute, un musée magnifique, digne des grandes expositions de mode que l’on a pu découvrir au fil des années et qui permet de renouer avec notre patrimoine vivant.


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