16e édition du festival Rencontre des jonglages

Du 30 mars au 14 mai 2023, l’Île-de-France accueille la seizième édition du festival Rencontre des jonglages, avec un cœur de festival du 13 au 16 avril en partenariat avec le centre culturel d’Houdremont, à La Courneuve. On y traverse une programmation riche et protéiforme, où les jonglages se déploient dans toutes les trajectoires. Comme le rappelle Vincent Berhault, le directeur de la Maison des Jonglages et programmateur du festival, le jonglage est une « petite fenêtre qui s’ouvre sur un vaste et surprenant territoire ». Pour cette seizième Rencontre des jonglages, il se distingue dans l’obscurité ou en plein soleil, dans le verbe ou dans le silence, dans l’objet ou dans le corps, dans l’humour ou dans le drame, dans la prouesse ou dans la chute.

Jongler avec les ombres

Le collectif Petit Travers ouvrait le bal de ce cœur de festival à la Maison des jonglages avec deux représentations scolaires de son spectacle Nuit, étourdissante fantasmagorie jonglée infusée de magie nouvelle. Plongé·es dans l’obscurité, nous ne distinguons d’abord que des indices de présence : une flamme, une porte qui grince, une balle qui roule. Nicolas Mathis, Julien Clément et Rémi Darbois, les trois jongleurs co-créateurs du spectacle, apparaissent progressivement. On les pense habitants de cette étrange maison hantée, mais ils se voient, eux aussi, vite rattrapés par d’autres présences invisibles. Débute alors un étrange et poétique ballet de l’obscurité, où le jonglage et la magie s’entrelacent avec brio.

Nuit – Collectif Petit Travers © Ian Grandjean

Du même collectif on pouvait également découvrir le spectacle S’assurer de ses propres murmures en début de festival, un duo musical jonglé entre un jongleur, Julien Clément, et un batteur, Pierre Pollet. Sans se parler, les deux artistes s’harmonisent pour créer un concert inédit d’une grande technicité. Une expérience rythmique et fraternelle de toute beauté.

La magie nouvelle, « petite » sœur du jonglage, poursuit son chemin entre les balles dans le seul en scène Un jour de neige de Félix Didou. Ce dernier nous rend témoin de la solitude d’un homme qui sombre doucement dans la folie, à mesure que son quotidien millimétré lui échappe. Là encore, c’est à l’intérieur du foyer que se réveillent les fantômes et les monstres : les stylos s’échappent de leur pot, les spiritueux se transforment en journaux et les boulettes de papier prennent vie. Ces dernières se métamorphosent même en une créature masquée, alter ego du personnage, qu’elle prend un malin plaisir à tourmenter. Entre jonglage, magie, jeu masqué et même théâtre d’ombres, Félix Didou invente un conte fantastique intrigant. Quelques longueurs enrayent un peu les effets de surprise mais les idées sont multiples et ingénieuses.

Jonglage de soi

Time to tell – Martin Palisse © Christophe Raynaud De Lage

Le jonglage est un jeu de mains, de coudes, d’épaules, parfois de pieds et de jambes, mais il est rarement un jeu de voix. Pourtant, il peut aussi se fait vecteur d’un discours et ouvrir la porte au témoignage. Dans le dispositif bifrontal et minimaliste de Time to tell, Martin Palisse explore, par le jonglage et la parole, la somme des contingences qui l’ont amené à se retrouver là, devant nous. La détection d’une maladie incurable d’abord, alors qu’il a deux jours, et son impact sur l’ensemble de son monde. De l’enfance à l’hôpital à son traitement actuel qu’il pourrait revendre une fortune au marché noir, en passant par la rupture avec le corps médical et les questionnements liés au désir d’enfants, Martin Palisse nous livre un témoignage intime, drôle et grinçant.
Dans les mains de Martin Palisse, les balles de jonglage revêtent un nombre infini de dimensions. Elles parlent d’abord de lui, notamment cette balle noire au milieu des autres balles blanches et bicolores, qu’il utilise pour nous expliquer son patrimoine génétique. Mais, dans le jonglage, les balles parlent aussi toujours d’elles-mêmes : marquées du sceau de la contingence, elles se lancent, glissent et roulent au contact du corps du jongleur qui prend un malin plaisir à jouer avec elles et avec la somme des possibilités de chute et de trajectoires aléatoires qui les constituent.

La réciprocité homme/balles trouvera toujours sa force dans sa fragilité.

C’est l’une des réponses que Martin Palisse semble trouver dans le jonglage (ou, plutôt qu’une réponse, une absence de question) : il lui fait changer de rapport au temps et au futur. « Je n’arrive pas à trouver de fin » : il n’y a qu’à faire et refaire, avec patience et endurance, pour tisser cette réciprocité homme/balles qui trouvera toujours sa force dans sa fragilité.

UmWelt – Morgan Cosquer

Un constat qui anime également le jongleur Morgan Cosquer, qui déploie dans le seul-en-scène UmWelt une théorie étrange, un peu farfelue mais finalement assez convaincante, d’une possible modification génétique du corps des jongleur·ses. Pour ce faire, il s’appuie sur l’Umwelt, un concept renvoyant à l’expérience du « monde propre » ressentie par un organisme, qui s’influencent réciproquement. On ne se risquera pas à en redéfinir tous les contours scientifiques : on retient cependant le discours persuasif de Morgan Cosquer qui nous révèle avec humour et poésie son désir de devenir « le premier mammifère d’une nouvelle lignée de mammifères jongleur·ses ». Puisque les balles résistent à la maîtrise totale, c’est le corps du jongleur qui va s’adapter.
Entre les discours fantasques et les scénarios improbables dans lesquels ce scientifique fou s’échappe, le jongleur laisse son corps déambuler dans ce « milieu » composé d’un plateau de bois et de balles blanches. Morgan Cosquer rampe, court, saute, nage et jongle dans cet espace qu’il veut faire sien, dans le sens non d’une appropriation anthropocentrée, mais d’une véritable assimilation corporelle et sensorielle. Sa physicalité poétique, alliée à un jonglage puissant et singulier, crée une danse du mouvement jonglé qui frappe par sa délicatesse et sa sincérité.

 

Construire des mondes parallèles

Chaque artiste réussit à créer un monde sur mesure qui lui ressemble.

Dans ce panorama du jonglage contemporain européen qu’offre le festival Rencontre des jonglages, ce qui frappe, c’est l’hétérogénéité de toutes ces propositions aux identités fortes. Chaque artiste réussit à créer un endroit unique où explorer le jonglage, un monde sur mesure qui lui ressemble.

Holy – Emil Dahl

Dans Holy, le minimalisme se fait l’écrin de l’absolu. Le Suédois Emil Dahl nous emmène à la fois dans la virtuosité totale et dans les interstices secrets qui la constituent. C’est un véritable rituel, dans lequel il y a quelques règles à respecter, comme dans tout lieu saint : une voix nous demande de ne pas applaudir avant la fin (difficile de se retenir cependant, tant les figures impressionnent). Le performeur veille à ce que la musique soit réglée au parfait volume, boit l’exacte quantité d’eau dont il a besoin pour lancer chaque séquence, et manipule consciencieusement ses neuf anneaux de la « coulisse » (un tabouret de bois) à la « scène » (un étroit carré blanc marqué au sol). Toutes les conditions sont réunies pour laisser entrer l’extraordinaire, l’ineffable, le presque divin, dont le performeur s’infuse entièrement devant nous.
Touché par la grâce, son corps se déploie pour réinventer une relation à l’objet : en partant du sommet de son crâne où il fait tenir en équilibre ses anneaux, Emil Dahl crée de nombreux tableaux époustouflants. Le moindre de ses mouvements nous parvient comme une série de longs calculs et de répétitions acharnées, et éblouit toute la salle. Le performeur semble repousser les limites de l’impossible, et nous en fait les témoins privilégiés, par la force du cérémonial et la générosité d’un dispositif qui reste intime. Au creux de cette esthétique minimale mais puissante, Emil Dahl invente un au-delà, un monde qui s’échappe du réel, où l’on peut redessiner les contours de la gravité.

Materia – Andrea Salustri © Jonas Danielevicius

Pour l’Italien Andrea Salustri, la création d’un nouvel espace esthétique passe par le renouvellement des matières manipulées. Dans Materia, il s’attarde sur le polystyrène, un matériau commun dont l’aspect et le bruit réveillent tout de suite notre mémoire sensorielle. Dans cette « chorégraphie pour diverses formes en polystyrène et un humain », Andrea Salustri tente de révéler la liberté de cette matière, pour laquelle il crée une série de petits mondes imaginaires où des ventilateurs et des micros activent à chaque fois la « vie » du polystyrène. Avec une rigueur scientifique, le performeur prend le temps de mettre en route chaque installation et nous plonge dans une grande attention : nous sommes rendu·es attentif·ves au moindre bruissement, mouvement, écho de la matière, à la plus infime étincelle d’agentivité. Libre, la matière se met parfois à jaillir, sauter et danser, dans une surprenante émotion.

En miroir de cette création, on pouvait découvrir une autre recherche matérielle, Materia 3.0 – Aerogami, de l’Argentin Utka Gavuzzo. Ce spectacle est en réalité une « œuvre dérivée » du premier, construit dans le cadre du projet de recherche européen The Sphere composé d’artistes-chercheurs venus du cirque contemporain, en quête de redéfinition des principes de « répertoire » ou d’« auctorialité ». Par le biais de ce collectif, Andrea Salustri a pu partager une « lettre d’amour » dans laquelle il invite tout artiste qui le souhaite à reprendre sa création Materia, pour prolonger sa réflexion au prisme d’un nouveau regard, exercice auquel Utka Gavuzzo s’est essayé en proposant cette étape de travail qu’est Materia 3.0 – Aerogami. Ces questions passionnantes faisaient notamment l’objet, pendant le festival, d’une rencontre entre les artistes animée par Cyrille Roussial, dans le cadre de la revue Jonglages, un projet éditorial porté par la Maison des Jonglages.

Prendre l’air

Et lorsque les yeux commencent à fatiguer, on peut s’échapper un temps de la salle pour profiter du soleil et de l’air doux de la mi-avril sur la place de la Fraternité. Pas de repos pour les braves, cependant, puisque toute une partie de la programmation du festival Rencontre des jonglages se tenait en espace public, devant la Maison des Jonglages ou à deux pas.

Drache nationale – Cie Scratch © Michiel Devijver

On pouvait notamment découvrir la compagnie Scratch et son sensible spectacle Drache nationale, dans lequel Gaëlle, Tom et Denis nous expliquent avec intelligence et émotion comment survivre même lorsque c’est la « drache nationale » (cette pluie typiquement belge qui n’a pas le sens du timing). Leurs témoignages s’enchaînent, clownesques mais résolument vrais, parsemés de listes poétiques de « pires merdes du monde ». Le jonglage apparaît comme une résolution, une manière un peu bancale mais thérapeutique de soigner les cœurs pluvieux en recréant des souvenirs d’enfance douloureux ou en s’inventant des mondes de reines et de marins. Ce généreux jonglage de l’intime, qui s’éloigne de la prouesse technique avec humilité et perspicacité, a quelque chose de bouleversant. La compagnie Scratch réussit à créer un monde refuge en complicité avec nous, où l’on peut s’abriter ensemble de toutes les pluies.

Des propositions éclectiques qui ravissent et amusent autant qu’elles émeuvent.

Hors les murs, on pouvait également se laisser porter par la poésie funambule d’Inertie, où la compagnie Underclouds déambule avec habileté sur une imposante sculpture mobile aux airs de « toupie échouée », par la drôlerie renversante de Thomas Dequidt et son clown GlounTéko, par les figures rythmées de Foot Freestyle du spectacle Uni-sphere, par la verve de Florent Lestage et de son Entretien avec un jongleur, par les hula-hoops chuchotés d’Angèle (Marcel et ses drôles de femmes)… Des propositions éclectiques qui ravissent, amusent autant qu’elles émeuvent, et se font porte-paroles d’un jonglage – et même d’un cirque – en mutation.

Déjouer

Le jonglage peut aussi s’échapper de ses propres contours.

Le jonglage peut aussi se lire à l’envers, en s’intéressant à tout ce qu’il ne semble pas être. Il peut s’échapper de ses propres contours et pousser beaucoup plus loin le curseur. Avec Stickman, l’Irlandais Darragh McLoughlin propose une très étonnante et ingénieuse réflexion autour de la relation qui unit un artiste à l’objet qu’il manipule, en l’occurrence un bâton de bois. Le maintenant en équilibre sur (presque) toutes les parties de son corps, le performeur crée un grand nombre d’images très drôlement illustrées par une télévision en arrière-plan, qui indique ce qu’il y a à voir sous forme de titres. En une variation de mouvement, le sens change, et les potentiels dramaturgiques se démultiplient. Le spectacle prend une étonnante tournure lorsque la télévision commence à s’adresser à nous : « Tu aimes qu’on te dise quoi voir ? ». Elle en vient même à se moquer de nous et de notre position de voyeur·se. Ses adresses sont de plus en plus étranges, elle finit même par nous missionner de sauver ce bâton dont le destin sera effectivement tragique.
Avec l’aide de Joseph Summers, co-créateur du spectacle, Darragh McLoughlin désoriente complètement nos attentes. Les deux compères réussissent à créer une atmosphère de tension dramaturgique et politique, en interrogeant notre statut de spectateur·rices silencieux·ses et immobiles. Tout est extrêmement habile et maîtrisé, dans une parfaite ambivalence entre humour et malaise. On ressort profondément chamboulé par l’expérience qu’on vient de vivre : c’est du génie.

Cécile – Sinking Sideways © Cécile Heroen Bollaert

Un autre coup de cœur de ce festival, c’est la compagnie Sinking Sideways, basée en Belgique, et son spectacle Cécile. Les trois performeurs, formés à l’acro-danse, présentent une hypnotisante chorégraphie inspirée des mouvements du jonglage, sans utiliser aucun objet. Pendant une heure (qui passe, pour nous, en un éclair), les acrobates marchent, glissent, roulent, s’enjambent, manquent de tomber de ce plateau qui s’élève mais se rattrapent toujours, dans une complicité totale bien que muette. Et tout cela sans jamais perdre un instant le rythme, créant pour nous une berceuse visuelle (accompagnée d’une création sonore tout aussi magique) complètement magnétique.

De cette longue suite chorégraphique, où les mouvements ne se répètent jamais tout à fait deux fois de la même façon pour toujours se métamorphoser vers les suivants, on reçoit énormément de sens et de sensible. On y voit le travail de création artistique, l’idée de collectif, la fratrie, et parfois aussi l’humanité toute entière. Xenia Bannuscher, Raf Pringuet et Dries Vanwalle réenchantent le réel avec leurs corps, et leur technicité s’accompagne d’une très grande poésie.

 

 

Chercher

<3 (Smaller than three) © Liina Linnea

L’un des axes du festival Rencontre des jonglages, c’est aussi de mettre à l’honneur le travail en cours, les étapes de recherche, les tentatives. Ouvrir ses portes aux formes plus ou moins longues et plus ou moins terminées, où la créativité peut émerger dès ses prémices. Le plateau partagé Petits Moyens Formats permettait notamment de proposer un espace à quatre jeunes artistes ou groupes d’artistes dans des disciplines variées (cerceaux, diabolo, massues et roue Cyr) qui enchainent leurs numéros. C’était l’occasion de découvrir le travail de la compagnie <3 (Smaller than three), un trio féminin finlandais dont le projet fait partie des finalistes du dispositif Circusnext 2023. Grâce à un partenariat entre Circusnext et la Maison des Jonglages, cette jeune compagnie a pu présenter un extrait de son travail atypique autour de longs tubes en plastique, qui se font tantôt cerceaux, tantôt outils de communication entre deux pôles du public… Un champ de recherche fertile où les agrès se déconstruisent pour raconter d’autres choses et se rapprocher du public, en créant littéralement du lien.

Grâce à ces expérimentations, on accède à un autre mode de compréhension où le sens et le sensible ne s’opposent plus mais se mutualisent.

Un autre plateau partagé rythme ce festival, celui des Expérimentations Arts et sciences qui se tenaient à l’Atelier du Plateau. Réunissant sur scène deux duos composés d’un·e artiste et d’un·e chercheur·se, ces laboratoires s’affirment comme des recherches en cours autour des liens entre la pratique artistique et l’exercice de la recherche, créant des formes inédites tout à fait passionnantes.

Le projet Rétrocausalités réunit la chercheuse Ève Giustiniani et la jongleuse antipodiste Roxana Küwen autour des thématiques de la guerre et de l’exil, en partant de la période franquiste en Espagne sur laquelle les deux femmes s’interrogent, en miroir d’autres temporalités. Dans une discussion ouverte, passionnante et souvent très drôle, où les concepts obscurs réveillent les plus techniques figures, les « trajectoires contrariées » des vaincu·es de l’Histoire qui nous sont contées deviennent celles des balles.
Dans Chuter. Petite sociologie du jonglage pour un travail contre-productif, la chercheuse Agathe Dumont et le jongleur Guillaume Martinet se réunissent autour du corps au travail, en comparant leurs expériences de danse classique pour l’une et de jonglage pour l’autre. Grâce à des unités de mesure farfelues (des pâtes par centimètres carrés, des codes civils empilés, des lancers d’élastique…) mais auxquelles on fait une entière confiance – Agathe Dumont nous rappelant qu’elle est aussi spécialiste de métrologie (la science de la mesure) –, le duo nous présente avec humour les résultats de ses recherches aboutissant à une fantastique chorégraphie. Grâce à ces expérimentations, on accède à un autre mode de compréhension, performatif et ludique, où le sens et le sensible ne s’opposent plus mais se mutualisent.

 

Cette seizième édition du festival Rencontre des jonglages nous confirme bien que le jonglage ne peut se limiter à une définition, tant ses contours se redéfinissent au présent sous l’impulsion de nombreux artistes et collectifs qui s’approprient des techniques pour nous parler d’eux, et de nous. Aveux d’incertitudes ou fantasmes d’absolu, ce qui réunit ces artistes c’est l’engagement. Ils et elles rattrapent tout ce qui tombe du ciel (les balles, les massues, les tubes, le polystyrène, le papier, les mots, la pluie, l’angoisse, le futur, la nuit…) et s’en servent pour inventer des mondes refuges et des instants rituels auxquels ils et elles nous convient avec poésie.

 

  • Évènements à venir : la Convention du raté du ratable et du pas encore raté organisé par la Cie Ea Eo le 29 avril à 14h au Carreau du Temple, suivie du spectacle UmWelt de Morgan Cosquer à 19h30, et le projet Allô Jonglage ! de la Cie Première Intention, service de livraison de jonglage chez l’habitant·e, du 10 au 14 mai en Essonne.

 


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