L’ombre douce

Hoai Huong Nguyen nous plonge, dans son dernier roman, L’ombre douce, au cœur d’une histoire d’amour aussi naïve que touchante entre une infirmière vietnamienne et un soldat français. 

Au sein d’une guerre et d’une défaite historiques qui ont marqué la France, Hoai Huong Nguyen nous conte l’histoire de Mai et de Yann, deux jeunes adultes bercés par leurs idéaux libertaires tombés passionnellement amoureux. La grande Histoire, la guerre d’Indochine dont nous connaissons l’issue tragique à Dien Bien Phu, aura-t-elle raison de cette histoire d’amour naissante ? Ce déchirement entre la France et le Vietnam sera-t-il incarné par Mai et Yann ? La réponse pourrait être double. Oui, car comme attendu, la mort frappe ce couple. Pour autant, l’amour survit pour se muer en ombre douce.

C’est donc en retraçant une histoire banale que l’auteur parvient finalement à nous toucher d’une plume légère et poétique. En effet, rien de plus rebattu qu’une histoire d’amour entre une autochtone et un soldat des troupes coloniales. Mais finalement, cette banalité, la banalité des sentiments décrits et évoqués, de ces idéaux et de ces pensées rend ce roman universel et avant tout touchant car empreint d’humanité. De ces raisonnements tortu(r)eux mais non moins amoureux à ces sensations de légèreté apportées par l’être aimé, Hoai Huong Mai parvient à exprimer tous les ressorts de la passion amoureuse dans une langue simple mais non moins poétique.

La poésie comme  force d’évocation

Cette poésie est d’ailleurs la grande force de l’auteur. Elle est partout contenue pour nous permettre de nous approprier plus encore les sensations et les émotions des personnages. La poésie de ce roman n’est pas seulement celle des sentiments mais bien celle des mots et de la langue. C’est ainsi que l’auteur parvient à faire des nombreuses descriptions de grands moments de lecture. La poésie devenant force d’évocation, elle rend l’histoire d’amour juvénile encore plus touchante et universelle. La description juste et toujours légère des sentiments amoureux permet non pas l’identification mais le transfert d’émotions personnellement vécues et ressenties sur celles vécues et ressenties par Mai et Yann.

Mais la poésie de ce livre ne se trouve pas simplement à travers les mots, les phrases, les paragraphes ; la construction du livre est en elle-même poésie. La brutalité est nécessairement contenue dans ce livre qui traite de la guerre, de l’amour et du déchirement. Et finalement, c’est dans la rupture et la brutalité que se cache la poésie. Comment ne pas évoquer cette métaphore filée comparant le débarquement des parachutistes tombant droit vers la mort à l’éclosion puis à la chute de corolles qui permet à l’auteur de nous peindre un tableau aussi nécessaire à la description qu’à la légèreté ? La mort, qui touche les personnages, arrive elle aussi avec tant légèreté et de poésie qu’elle en devient plus douce mais plus déchirante encore. Cette brutalité poétisée fait finalement de la douceur la première cause de déchirement.

Une fois le roman terminé, ce n’est donc pas le dramatique qui l’emporte – car cette histoire qui nous est racontée aurait pu donner lieu à un roman ou à un film dramatique et plein de pathos – non, c’est belle et bien la poésie, la légèreté ; celle d’un amour juvénile mais tout aussi puissant et passionnel.

Un morceau de Vietnam

Mais la poésie de ce roman, c’est aussi et surtout celle des paysages. Les paysages vietnamiens sont ici dépeints si précisément qu’Hoai Huong Mai parvient à faire surgir un morceau de Vietnam. Elle parvient ainsi à nous plonger dans la culture et le quotidien du Vietnam colonial. Les noms des personnages, les lieux et traditions évoqués mais plus encore le lien complexe qui lie la culture vietnamienne à la culture française permettent de se plonger totalement dans un Vietnam peu connu que certains Vietnamiens comme Français regrettent avec nostalgie.

Les paysages vietnamiens sont ici dépeints si précisément qu’Hoai Huong Nguyen parvient à faire surgir un morceau de Vietnam

Personnellement concernée par ce Vietnam qui n’existe plus, Hoai Huong Mai, est parvenue à me plonger sans cliché ni caricature et par petites touches, dans ce Vietnam français oublié, regretté qu’a connu ma famille et qui partout transpire dans mon éducation.

Signé d’une plume légère, l’ombre douce est donc un roman touchant tant il évoque avec poésie des sentiments humains qu’une terre et un morceau d’histoire qui tous ensemble évoquent la liberté. Cette guerre tragique, cette histoire d’amour trop tôt interrompue ne sont donc rien à côté de cette ombre douce qu’est l’amour et la poésie.

  •  L’ombre douce de Hoai Huong Nguyen, Viviane Hamy, 168 p.,  15 euros, 17 janvier 2013.

Publié

dans

,

par

Étiquettes :